Résumé/Lodiciquarte/Quatrième de Couverture/Plat Verso/Extrait:
'Mon âge, ma bête fauve, qui pourra te regarder au fond des yeux et souder de son sang les vertèbres de deux siècles?' (Cf. Note 1)
Ces vers d'Ossip Mandelstam (1891-1938) barrent l'horizon de ce livre.
'Le Siècle', titre de cette poésie, prend, dans ce livre, la forme d'un assassin, d'un missionnaire et d'un hôte errant. Autour de
leurs voix, la pierre volcanique d'une maison dans les champs. Pierres, mortier, foyer, vent : de la matière s'élèvent un grondement et un
chœur derrière leurs récits, qui les pressent et les portent à l'achèvement. La couleur dominante est le blanc des éclairs qui déchirent le
noir d'une nuit fatidique. - Erri De Luca
Traduit de l’Italien - Titre Original: “Aceto, arcobaleno”
Bio:
Erri De Luca est un écrivain, journaliste engagé, poète et traducteur italien contemporain. Il est né à Naples en 1950 et
vit aujourd'hui près de Rome.
Venu à la littérature “par accident” avec “Pas ici, pas maintenant”, son premier roman mûri à la fin des années quatre-vingt, il
est depuis considéré comme l'un des écrivains les plus importants de sa génération, et ses livres sont traduits dans de nombreux pays.
Il a reçu le Prix Femina Étranger pour “Montedidio” en 2002, le le Prix européen de Littérature en 2013 ainsi que le Prix Ulysse
pour l'ensemble de son œuvre.
Note 1:
LE SIÈCLE
Mon siècle, mon fauve, qui osera
Un regard dans tes prunelles
Et qui de son sang scellera
De deux siècles les vertèbres ?
Le sang-bâtisseur a jailli
De la gorge des choses terrestres,
L’écornifleur à peine a tressailli
À l’aube des jours nouveaux.
Tout être jusqu’à son dernier souffle
Se doit de porter son échine,
Et la vague s’ébat –
Invisible épine dorsale.
Il est pareil au frêle cartilage,
Le siècle de la terre d’âge tendre,
Tout comme l’on offrait l’agneau en sacrifice,
On immole à nouveau le crâne de la vie.
Pour arracher le siècle aux fers,
Pour débuter un nouveau monde,
Il faut lier d’un son de flûte
Les rotules des jours noueux.
C’est le siècle qui meut la vague
D’une toute humaine langueur,
Dans l’herbe le serpent exhale
Du siècle l’aune coulée d’or.
Les bourgeons gonfleront encor
Et jailliront les pousses vertes
Mais elle est brisée ton échine,
Mon siècle, sublime et pitoyable,
Et dans un sourire insensé,
Tu contemples, cruel et faible,
Tel un fauve autrefois souple
L’empreinte de tes propres pattes.
Ce poème reflète ce qui s’est passé en Russie après l’arrivée au pouvoir des bolcheviques, la connexion rompue (la crête) entre les deux
siècles, le XIXe et le XXe siècle, le pouvoir de l’art (la flûte) pour guérir les blessures, la haine et les blessures fratricides, les
haines et l’indifférence, de ce nouveau siècle.